« Tu n’as pas peur de faire le trajet tout seul ?— J’ai trĂšs peur, mais un garçon ne doit pas avoir peur. » 
Destins croisés - p46

Il y a des phrases qui en disent long, mĂȘme lorsqu’elles sont courtes. Dans Destins croisĂ©s, ce simple Ă©change entre Mei et Hubert dĂ©voile, en creux, ce que tant d’hommes ont appris trĂšs tĂŽt : ressentir, mais se taire. Et ce que tant de filles ont tentĂ© de comprendre : pourquoi on s’interdit encore d’avoir peur ?

Ce passage, à lui seul, pourrait résumer toute une génération.

La mienne.

Celle qu’on appelle les Millennials.

🔁 Entre transmission et rupture

Un peu plus tÎt dans le roman, un autre dialogue : Mei veut partir, chercher sa liberté.

Mais sa mĂšre, Najat, refuse de la laisser seule.

Alors elle lui propose d’aller chez un oncle, Ă  Madrid. Et Mei accepte sans conviction. Elle pensait s’émanciper, elle devra attendre.

Ce moment est bouleversant de justesse intergénérationnelle.

On y lit : La peur de l’abandon chez la mĂšre (gĂ©nĂ©ration X),

Et le besoin vital de liberté chez la fille (génération Y).

Le cƓur se serre des deux cĂŽtĂ©s.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que se trouve le nƓud :

Comment se libĂ©rer sans trahir ?Comment protĂ©ger sans empĂȘcher de vivre ?

📊 Une gĂ©nĂ©ration coincĂ©e entre deux mondes

Les Millennials (nĂ©s entre 1980 et 1996) n’ont pas grandi avec des tutos santĂ© mentale ou des safe spaces.

Nous avons appris Ă  intĂ©rioriser. À encaisser. À rester debout.

Pourtant, nous allons mal.

Des Ă©tudes menĂ©es aux États-Unis et en Europe montrent que : Les 30–44 ans (cƓur des Millennials) prĂ©sentent un taux d’anxiĂ©tĂ© et de dĂ©pression plus Ă©levĂ© que les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes au mĂȘme Ăąge (Twenge, 2022 ; Journal of Affective Disorders).

En France, la DREES observe une hausse constante des troubles anxiodĂ©pressifs chez les 25–44 ans, liĂ©s Ă  la prĂ©carisation, Ă  la charge mentale et Ă  l’isolement social.

Mais nous consultons moins que la génération Z.

Parce qu’on nous a appris à ne pas nous plaindre.

Parce qu’on n’a pas grandi avec le droit d’aller mal.

🧠 Entre cri et silence

Mei, dans Destins croisĂ©s, incarne une jeunesse qui ose parler. Hubert, lui, reflĂšte ces garçons qu’on a formatĂ©s :

“Un garçon ne doit pas avoir peur.” Ce n’est pas qu’il ne ressent pas. C’est qu’il n’a pas appris à se l’autoriser.

Et pourtant, nous, Millennials, avons hĂ©ritĂ© de ces silences genrĂ©s, de ces rĂšgles invisibles sur ce que l’on peut montrer — ou pas.

Alors mĂȘme quand nous avons peur, nous disons : “ça va”.

MĂȘme quand nous sommes Ă©puisĂ©s, nous continuons.

đŸȘą Le pont que nous sommes

Entre une gĂ©nĂ©ration X qui n’a pas eu le luxe d’exprimer et une gĂ©nĂ©ration Z qui cherche des espaces pour dire,

nous sommes le trait d’union, le fil fragile, le point de rupture et de rĂ©conciliation.

Nous avons appris Ă  survivre dans des mondes contradictoires :

Être productif, mais humain.

Être ambitieux, mais humble.

Être stable, mais flexible.

Ne pas avoir peur, mais ne pas mentir non plus.

✍ Ce que nous avons Ă  transmettre

Destins croisés ne donne pas de solution. Il fait mieux : il tend un miroir.

À nos peurs. À nos non-dits. À nos attentes.

Et à cette étrange lucidité que porte notre génération.

Nous ne sommes pas cassĂ©s. Nous sommes les premiers Ă  voir la faille. Et parfois, la voir, c’est dĂ©jĂ  commencer Ă  la rĂ©parer.

đŸŽ€ Une invitation

À vous, parents silencieux, votre douleur n’est pas invisible.

Mais laissez-nous la raconter avec nos mots.

À vous, jeunes qui arrivez dans un monde instable,

vos cris sont légitimes.

Mais n’oubliez pas que nous aussi, nous avons hurlé  mais sans faire de bruit.